Avant de sortir le Stabilo rouge sur la carte de Bruxelles, une précision s’impose. Il n’existe pas de classement officiel des « rues les plus dangereuses de Bruxelles ». La dernière analyse de safe.brussels, publiée en avril 2026, étudie 118 quartiers à partir notamment des faits de criminalité enregistrés en 2023. Elle montre toutefois une concentration plus importante des violences dans l’espace public et des faits liés à la drogue dans certains secteurs centraux et du nord-ouest de la capitale. Et sur le terrain, la Région compte désormais 19 quartiers officiellement identifiés comme hotspots liés aux stupéfiants. Autrement dit : pas question de décréter qu’une commune entière est dangereuse. Quelques rues peuvent changer complètement d’ambiance à deux pâtés de maisons d’écart, et un secteur animé à 18h peut devenir nettement moins rassurant à 2h du matin.
Gare du Midi et Clemenceau : l’un des secteurs les plus surveillés de Bruxelles
C’est probablement le secteur qui revient le plus souvent lorsqu’on parle de sécurité à Bruxelles. Les abords de la Gare du Midi, Cureghem et la station Clemenceau font partie des zones suivies de près par les autorités depuis plusieurs années, notamment pour les vols, le trafic de stupéfiants et les violences qui lui sont associées. La Gare du Midi et Clemenceau figurent toujours parmi les hotspots régionaux en 2026. Lors du « Plan d’été » mené par la zone de police Midi en 2024, la Gare du Midi et Cureghem concentraient à eux deux 55 % des crimes violents recensés dans les secteurs ciblés par l'opération. Depuis, les interventions policières et les dispositifs de sécurisation se sont poursuivis. Le quartier Clemenceau reste lui aussi particulièrement surveillé. En février 2026, cinq personnes y ont été arrêtées dans une affaire de trafic de stupéfiants, avec plus d’un kilo de cannabis et plusieurs armes prohibées saisies. Cela ne veut évidemment pas dire que chaque passage par la station se transforme en épisode de polar, mais tard le soir, mieux vaut éviter les rues désertes et rester attentif à ce qui se passe autour de soi.
Gare du Nord et place Liedts : vigilance dans le Quartier Nord
Direction l’autre grande gare bruxelloise. La Gare du Nord et le Quartier Nord figurent eux aussi sur la liste officielle des hotspots de la Région. En 2025, plusieurs actes violents et tentatives de meurtre avaient conduit la police à enquêter sur des rivalités entre organisations criminelles impliquées dans la vente de stupéfiants. Quatorze personnes avaient finalement été placées sous mandat d’arrêt. La pression n’a pas disparu en 2026. En mars, quatre personnes ont notamment été interpellées en flagrant délit de vente de drogues à proximité de la place Liedts. Cocaïne, cannabis, argent liquide et armes avaient été saisis. La journée, le secteur reste emprunté par des milliers de travailleurs et voyageurs. Une fois les bureaux vidés et la nuit installée, certaines rues autour de la gare, de Liedts et de la chaussée d’Anvers peuvent cependant donner une tout autre impression.
Ribaucourt, Étangs Noirs et Bonnevie : plusieurs hotspots à Molenbeek
À Molenbeek-Saint-Jean, ce n’est pas un mais plusieurs secteurs qui apparaissent sur la carte régionale : Ribaucourt, Étangs Noirs, Bonnevie ainsi que le secteur Borne/Kolom font partie des zones placées sous surveillance renforcée. Et les opérations policières restent régulières. En mai 2026, une intervention menée autour d’Étangs Noirs a notamment permis de saisir plus de 26 kg de cannabis et plus de 30 000 comprimés. Quelques semaines auparavant, une vaste opération dans les quartiers Brunfaut et Bonnevie avait conduit à plusieurs arrestations et à la découverte d’armes. Cela ne transforme évidemment pas Molenbeek en zone interdite – heureusement, sinon il faudrait prévenir pas mal de Bruxellois. Mais autour de certains points de deal identifiés et des stations concernées, la prudence reste de mise, surtout à des horaires où les rues se vident.
Peterbos, Aumale et Saint-Guidon : Anderlecht particulièrement concernée
Anderlecht concentre plusieurs des hotspots surveillés par les autorités, parmi lesquels Peterbos, Aumale et Clemenceau. Le secteur de Peterbos revient régulièrement dans les enquêtes consacrées aux réseaux de stupéfiants et aux rivalités territoriales. En mai 2026, la Police judiciaire fédérale de Bruxelles a démantelé une organisation criminelle active dans le trafic organisé de drogues. L’enquête avait identifié plusieurs points de vente, notamment aux alentours de la station Saint-Guidon et du quartier Peterbos. Vingt-sept personnes avaient été privées de liberté et plusieurs armes saisies. Ici encore, le problème se concentre davantage autour de certains immeubles, stations ou points de passage que sur l’ensemble d’Anderlecht.
Anneessens et Lemonnier : le centre-ville n’est pas épargné
Pas besoin de s’éloigner du Pentagone pour tomber sur des zones plus sensibles. Le secteur Anneessens-Lemonnier est régulièrement associé aux problématiques de trafic et de violence dans l’espace public. L’actualité récente l’a rappelé brutalement : fin mars 2026, plusieurs coups de feu ont été tirés à proximité de la place Anneessens, notamment rue du Vautour, faisant plusieurs blessés en l’espace de deux nuits. Le quartier reste pourtant extrêmement vivant, central et fréquenté. Le contraste peut donc être assez net entre une soirée où terrasses, commerces et transports brassent du monde et les heures beaucoup plus tardives, lorsque certaines rues deviennent quasiment désertes.
Rue Gray : le nouveau hotspot aux portes de Flagey
C’est la dernière zone à avoir rejoint la liste. En septembre 2026, le secteur de la rue Gray à Ixelles a été officiellement désigné comme le 19e hotspot lié aux stupéfiants de la Région bruxelloise, à la demande de la commune et sur la base notamment de rapports de police et de signalements au 101. Le périmètre se situe à quelques minutes de Flagey et concerne notamment les environs des rues Gray, Marie-Henriette, du Levain et de la Brasserie. Des moyens de surveillance supplémentaires, dont des contrôles et des caméras mobiles, peuvent désormais y être déployés. Preuve, au passage, que les problématiques de sécurité bruxelloises ne s’arrêtent pas aux quartiers historiquement cités lorsqu’on parle de trafic de drogue.
19 hotspots aujourd’hui placés sous surveillance renforcée
Au total, Bruxelles compte désormais 19 hotspots régionaux liés aux stupéfiants, parmi lesquels la chaussée d’Anvers, Yser, Porte de Hal, Clemenceau, Peterbos, Gare du Midi, Gare du Nord, Étangs Noirs, Ribaucourt, Aumale, parc Élisabeth ou encore la rue Gray. Ces zones font l’objet de mesures renforcées mêlant interventions policières, prévention et actions sur l’espace public. Une analyse publiée en 2026 par safe.brussels appelle toutefois à garder de la nuance : les chiffres de criminalité correspondent uniquement aux faits enregistrés par la police et dépendent notamment des dépôts de plainte et de l’intensité des contrôles. Bref, un hotspot n’est pas synonyme de danger permanent et des milliers de Bruxellois traversent quotidiennement ces quartiers sans rencontrer le moindre problème.
