L’exposition “Bellezza e Bruttezza” dissèque les canons esthétiques du XVe siècle avec une précision chirurgicale. Jusqu’au 14 juin, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles réunit 90 œuvres – dessins, peintures, sculptures – signées Léonard de Vinci, Sandro Botticelli, Albrecht Dürer ou Lucas Cranach l'Ancien. L’ambition ? Comprendre comment l’idéal de beauté se construit entre Italie et Europe du Nord, et pourquoi le grotesque fascine autant que l’harmonie parfaite.
Des Vénus antiques aux proportions millimétrées
La Renaissance puise dans l’Antiquité pour façonner son idéal féminin. En plaçant une Aphrodite romaine entre deux Vénus – l’une italienne, l’autre nordique – la commissaire interroge frontalement les sources de la beauté idéale. Les silhouettes inspirées des Vénus Pudica, aux petits seins et au ventre légèrement arrondi, dominent. Dans une vitrine, les traités sur les proportions humaines publiés en 1528 par Albrecht Dürer viennent presque donner la recette mathématique du corps parfait. La beauté devient alors affaire d’équilibre, de mesure et de science.
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Muses sublimes et « monstres » fascinants
L’exposition confronte sans détour icônes idéales et figures marginales. D’un côté, des muses comme Simonetta Vespucci, incarnation de la grâce florentine. De l’autre, des modèles considérés comme hors norme : nains, figures grotesques, femmes atteintes d’hypertrichose. Cette tension entre perfection et difformité révèle une obsession commune à l’Italie et à la Flandre, cette dernière affichant un goût plus assumé pour le réalisme cru et le trivial.

Le triomphe du grotesque et la leçon de Platon
La “belle laideur” envahit l’art comme miroir moral. Les dessins de grotesques de Léonard de Vinci ou de Cesare da Cesto, les trognes expressives peintes par Jan Massys ou Vincenzo Campi, donnent corps aux fous, aux vilains et aux méchants. Derrière ces visages déformés, une idée philosophique affleure, héritée de Platon : la vertu serait beauté de l’âme, le vice une laideur intérieure.
Exposition « Bellezza e Bruttezza » @ Bozar
Palais des Beaux-Arts, Rue Ravenstein 23 - Bruxelles
Jusqu’au 14 juin
À partir de 18€
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Source : Connaissance des Arts
